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Gégé, l'intérimaire...

 

 

Gérard Collomb, Sénateur-Maire de Lyon ! Qui l'eût cru dans les années 80 ? Qui l'eût cru en 1995, quand même lui rêvait surtout d'être maire du 9ème ? Il s'en est pourtant failli de peu. Si son équipe avait été plus homogène, plus consistante, sans doute eut-il pu gagner, tant la conjoncture lui était favorable : un Front National très présent, les dégâts collatéraux des turpitudes de l'époque Noir, et la guerre civile entre chabertistes et barristes. Malheureusement pour Gérard Collomb et heureusement pour la ville, il perdit. On n'ose imaginer l'affreuse gabegie engendrée par l'arrivée aux commandes d'une équipe de bras-cassés, désunie mais surtout inapte et mal préparée.

 

On constate depuis 2001 que, malgré de prompts renforts et une union de façade rafistolée, les couacs ne manquent pas. C'eut été pire en 1995. Celui que les Lyonnais appelleront un jour Gégé (à Lyon, on aime donner des diminutifs aux maires que l'on aime. Doudou laissa la place à Zizi, et Babarre fut remplacé par Gégé. Seuls Noir et Francisque Collomb, maires mal-aimés, ne connurent pas cet honneur), est né à Chalon-sur-Saône en 1947 dans un quartier populaire. Son père est contremaître (et bien sûr laïc) ; sa mère, catholique pratiquante, "fait des ménages".

 

Bref, sa famille ressemble à beaucoup de familles de l'époque. Le petit Gégé est sage bien sûr (comme les enfants de ce temps-là) ; il est même timide. Il lit beaucoup (bibliothèque verte – Collection Rouge et Or). Tout y passe. Comme souvent dans les familles modestes, il s'appliquera à être un excellent élève, plutôt docile. Même adolescent, il sera attentif aux leçons de son père et de sa mère puisqu'il intègrera même la JEC (Jeunesse Etudiante Chrétienne). Ça ne l'empêchera pas de courir les filles dans les "bals de pays". Il découvrira ainsi qu'il aime séduire. Il aimera qu'on l'aime. Il ne changera pas. Ça lui jouera des tours. Ce pouvoir de séduction lui permettra de se faire accepter par la bourgeoisie locale de Chalon. Il devient un fan de Johnny et des "Chaussettes Noires", et décide de devenir professeur. 1965 : pendant que les fils de bourgeois se la jouent révolutionnaires et que les notables couards cèdent aux caprices juvéniles de leur progéniture, Gégé bosse pour obtenir sa Licence de Lettres à la Faculté Claude Bernard. Il rencontre Geneviève qu'il épousera en 1969.

 

Gégé sera finalement contaminé par les révolutionnaires de papier. Il choisira le camp des réformistes plutôt que celui des gauchistes. En 1970, le voilà nommé professeur. On le case à Pont-de-Vaux. En 1971, il se lance dans la politique active en épousant la cause de François Mitterrand. Il entrera presque immédiatement en conflit avec les hiérarques successifs du PS ou de la gauche. Séduit par Rocard, il deviendra l'homme à abattre pour François Mitterrand qui lui fera baver des ronds-de-chapeaux. Il devient conseiller municipal du 9ème où il se construira une légitimité. Les rivalités à gauche, au plan national comme au plan local, le contraindront à devenir méfiant et à se forger une carapace qui explique un certain nombre de ses mystères, de ses défauts, mais aussi de ses qualités.

 

En 1988, battu aux Législatives, il est lâché par ses faux amis de gauche. Sa situation personnelle devient difficile, voire précaire. La politique est cruelle. On l'envoie au casse-pipe en 1989, face à Noir et au trio Francisque Collomb, Barre, Soulier. Il accepte. Mal conseillé par Jean-Michel Daclin qui joue les gourous, il fait une très mauvaise campagne d'affichage (c'était encore autorisé) qui fait le jeu de Noir. "Lyon se réveille" pronostiquait-il. Il est évidemment battu. Pierre Mauroy le sauvera de "la misère" en lui confiant la création de la "Fondation Jean Jaurès".

 

Gérard Collomb change de registre, élargit ses champs de compétences, découvre de nouveaux réseaux, se fait de nouveaux amis au centre et même à droite. En 1993, il change de look, finies la petite moustache ringarde et les lunettes qui lui barrent le visage. En 1994, malgré son divorce qu'il vit difficilement, il se bat pour rassembler largement autour de lui. Il invente "la gauche plurielle" avec Gilles Buna. Même si c'est aux forceps, l'union se fait. Collomb perd les élections municipales mais devient incontournable. Nombreux sont les socialistes, les Verts et les gauchistes d'aujourd'hui qui le contestent et lui reprochent ses amitiés scandaleuses avec des personnalités de la Société Civile, jugées trop libérales. Désormais, il s'en fiche. Il sait que tous viendront à la soupe au moment de la victoire. Son travail dans le 9ème, ses réseaux, le dévouement de ses vrais amis lui permettront de devenir un maire particulièrement surveillé.

 

Secret, intuitif, diplomate, méfiant, Gérard Collomb est capable d'impulsivité… contrôlée – mais pas toujours. Il peut devenir hargneux quand les choses ne vont pas comme il voudrait. Il aime aussi jouer les provocateurs – l'air de rien.

 

Egocentrique comme tous les politiques, il n'est pas égoïste – tout au contraire. Fidèle en amitié, même si au cours des années ses cercles d'amis évoluent en fonction de son destin. Il se montre confiant en l'avenir. Mais cet avenir est-il si sûr ? La droite attend sa chute qu'elle estime annoncée. La gauche sectaire l'empêche de mener une politique de centre gauche moderne. L'équipe municipale montre jour après jour ses lacunes, son incompétence et parfois ses tares. Isolé, Gégé ne fait plus confiance qu'à lui-même. On connaît déjà la fin de l'histoire. Gérard Collomb, bousculé par ses rivaux de tous bords, tente de faire bonne figure – sourire aux lèvres –, il en a vu d'autres. Les rumeurs les plus minables sont lancées par son opposition mais aussi par certains de ses amis. Celle qui a la vie dure concerne "son homosexualité" qu'il cacherait honteusement. Gérard Collomb, volontiers provocateur, a laissé dire et en a même parfois rajouté. Aujourd'hui, remarié avec Caroline depuis 4 ans, il souffre de cette légende qui l'amusait au début.

 

Une des qualités de Gérard Collomb est la franchise. Il assume ses choix. Aussi, n'en déplaise aux perroquets, la rumeur qui se veut désobligeante est fausse. Si Gérard Collomb ne fait preuve d'aucun ostracisme vis-à-vis de la communauté gay – il y compte plusieurs amis, particulièrement dans le monde culturel ou journalistique –, il préfère la gente féminine. C'est comme ça. Demandez aux femmes qu'il a rencontrées ou qu'il rencontre encore aujourd'hui, ce qu'elles en pensent.

 

D'autres rumeurs courent, certaines plus abjectes. Preuve que notre homme a beaucoup d'ennemis. Même au sein de son propre camp. Il le sait. Il se croit capable de gagner malgré eux. Et c'est vrai que le bougre a su montrer dans sa conquête du pouvoir – à Lyon comme au Grand Lyon – un goût de la manœuvre inimaginable. N'empêche, il est trop mal entouré pour venir à bout des vicissitudes qui l'attendent.

 

Une à une ses promesses, un à un ses projets tombent à l'eau. La disparition des voûtes de Perrache, le déménagement d'Eurexpo, celui des Halles, la construction des tours de la Part-Dieu… Autant de projets qui ne verront pas le jour parce que ses Cabinets ont mal géré les dossiers.

 

Gérard Collomb finira par trébucher. Il lui restera quelques amis fidèles qu'il a sans doute négligés depuis qu'il n'a plus une minute à lui…

 

Gégé, les initiés l'auront constaté, est un surnom composé de la répétition de la fameuse lettre "G", vénérée dans les loges maçonniques. Gérard Collomb, à la différence de beaucoup de ses confrères, n'a jamais caché son appartenance au Grand Orient. On constatera sur la photo qui illustre cette page, que le hasard fait bien les choses. Elle le montre heureux comme un gentil organisateur du Club Med, tout sourire devant le sigle G.O. (Grand Orient ?).

 

Beaucoup de ses amis – de ses frères, oserais-je dire – sont auprès de lui au Conseil Municipal. Ce ne sont bien souvent que de faux amis ou de faux frères.

 

Garap

 


A suivre,
Thierry Ehrmann, délicieusement virtuel…


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